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Les femmes ayant conquis le Mont Blanc

  • Photo du rédacteur: ANDREA ADAM
    ANDREA ADAM
  • il y a 3 jours
  • 3 min de lecture

Bien avant le Gore-Tex et les applications météo, deux femmes issues de mondes très différents ont levé les yeux vers le Mont Blanc et se sont dit : oui, je vais essayer de l'escalader.


Marie Paradis. 14 juillet 1808.

Marie était une servante de la vallée de Chamonix. Sans formation, sans équipement adéquat, et, pour l'époque, elle n'aurait jamais dû s'aventurer près d'une montagne d'une telle envergure. Pourtant, le jour de la Fête nationale française en 1808, elle entreprit l'ascension du Mont Blanc avec un groupe de guides locaux menés par Jacques Balmat, l'un des premiers hommes à en avoir atteint le sommet.

L'ascension ne se déroula pas sans heurts. Le mal de l'altitude la frappa de plein fouet. Elle s'évanouit près du sommet et aurait demandé aux guides de la jeter dans une crevasse et de l'abandonner. Ils refusèrent. Elle parvint à destination, à peine consciente et en grande partie portée… mais elle y parvint. À une époque où l'alpinisme était considéré comme totalement inadapté aux femmes, Marie Paradis se tenait au plus haut sommet des Alpes.

Élégant ? Non.

Historique ? Absolument.



Henriette d'Angeville. 4 septembre 1838.

Si Marie a prouvé que c'était possible, Henriette a prouvé que c'était possible de le faire correctement.

Cultivée, fortunée et méticuleuse, elle organisa elle-même l'expédition de A à Z : elle recruta et dirigea une équipe de guides, donna le rythme et prit toutes les décisions. Elle s'entraîna sérieusement au préalable, ce qui, en 1838, était aussi courant qu'une femme postulant au poste de capitaine de navire.

Sa liste de bagages était également remarquable : un miroir pour prévenir la cécité des neiges, un baromètre et un thermomètre pour des observations scientifiques, et du champagne. Évidemment.

Elle atteignit le sommet pleinement consciente, en parfaite maîtrise de la situation, prit ses mesures, contempla le panorama… et ouvrit la bouteille. Elle relata plus tard son aventure dans « Relation de l’ascension du Mont Blanc » , un récit à la première personne, à la fois récit d’aventure, compte rendu scientifique et critique constructive de l’idée que les femmes n’avaient pas leur place en montagne.

Au sommet, elle aurait demandé à ses guides de la hisser très haut dans les airs afin de pouvoir, selon ses propres termes, atteindre une altitude jamais égalée par aucun homme auparavant. En guise de conclusion, celle-ci sonne plutôt bien.


Henriette d'Angeville, qui vivait à Genève, rêvait depuis longtemps d'escalader le Mont Blanc. Elle entreprit alors des préparatifs minutieux et se fit confectionner une tenue spéciale et inhabituelle, mais respectueuse de la décence, qu'elle dessina elle-même, inspirée des tenues de chasse masculines : l'ensemble se composait notamment d'un pantalon droit à l'allure ample, de guêtres, d'un manteau ajusté et d'une cagoule isolante. Elle est considérée comme la première alpiniste à avoir porté un pantalon, alors que jusqu'alors, les femmes escaladaient le Mont Blanc en jupe.





Et puis il y a Élise.

Près de deux siècles plus tard, l'aventurière et écrivaine Elise Wortley a décidé que l'histoire méritait d'être racontée comme il se doit, au sens le plus littéral du terme. À l'été 2024, avec une équipe entièrement féminine, elle a recréé l'ascension d'Henriette en utilisant le même équipement et les mêmes vêtements qu'il y a près de 200 ans, notamment une tenue en laine de 10 kg, confectionnée à la main en collaboration avec le Morley College de Londres à partir de laine provenant d'une ferme régénératrice.

Car, apparemment, le Gore-Tex était considéré comme de la triche.

Le projet d'Elise, « Femmes d'altitude », vise à faire redécouvrir les histoires de femmes aventurières pionnières et à démontrer que la nature a toujours appartenu aux femmes, que l'histoire l'ait reconnu ou non. À suivre absolument.


La prochaine fois que vous contemplerez ce sommet depuis l'Aiguille du Midi, souvenez-vous : deux femmes y sont parvenues à pied, bien avant l'existence des remontées mécaniques, à une époque où le monde avait décidé qu'elles ne devaient pas essayer.


Marie a prouvé que c'était possible. Henriette a prouvé que c'était inévitable. Et Élise a veillé à ce qu'aucune des deux ne soit oubliée.



La montagne appartient désormais à tous.

Cela a pris plus de temps que prévu, mais les montagnes autour de Chamonix offrent aujourd'hui un tout autre visage. La première femme à obtenir le brevet de guide de haute montagne, Martine Rolland, est arrivée en France en 1983 à Chamonix. Depuis, le rythme s'est accéléré régulièrement et, en 2017, six femmes ont obtenu ce brevet la même année. Aujourd'hui, les femmes guident les ascensions du Mont Blanc, encadrent des expéditions de ski de randonnée et parcourent la Vallée Blanche avec la même assurance tranquille qu'Henriette d'Angeville lors de son ascension il y a près de deux siècles. Avec un équipement légèrement plus performant, tout simplement.


Marie et Henriette auraient, nous en sommes convaincus, approuvé.


 
 
 

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